Claude Llabrès PDF Imprimer Envoyer
Toulouse 1998

 

 LA "GALERUE" DE MORETTI

Moretti a des exigences. En général, elles sont marquées par la tolérance, la recherche, la connaissance de l’autre. Parfois, comme les traits fulgurants de sa peinture, elles expriment avec férocité une forte indépendance aux modes d’un microcosme parisien où artistes et critiques d’art se causent entre-eux. Sourds à la commande et aux interrogations citoyennes.

Ma première rencontre avec Moretti a 15 ans. Elle s’est faite autour d’une maquette à l’échelle 1 d’un tronçon de 100 mètres du mur de Berlin. Ce jour là, l’exigence de l’artiste était de peindre ce triste mur des deux côtés. Avec les enfants des écoles. Des écoles des deux côtés. Le temps que d’ Est en Ouest, les politiques comprennent le geste d’avenir du peintre, l’avenir de l’Allemagne et de l’Europe les avait rattrapés. Piques et pioches et le mur était poussière.

15 ans et à l’initiative de Dominique Baudis, nous nous sommes revus.

Moretti est resté dans la fresque de rue. Il est passé du 100 mètres de mur à 100 mètres de plafond, de la guerre à la paix, de Berlin à Toulouse. 15 ans et une passion, une vivacité intactes. 15 ans et une exigence inaltérable.

Les dessins de Moretti ne sont pas sortis de sa seule imagination. Si pour le trait, la couleur, la forme, la composition, le peintre est resté seul devant sa toile, il a beaucoup consulté et étudié livres, documents, oeuvres d’art et iconographies. Pour chaque plafond il se préparait à écrire un livre. Exigences d’un homme qui avant de conter leur histoire aux toulousains commence par l’apprendre.

D’autres diront, mieux que moi, ce qu’ils pensent de sa façon de poser la matière et de marier les couleurs. Je veux pour les tableaux de la fresque souligner ce choix culturel qui rend accessible et lisible chaque plafond quel que soit le côté par lequel il se dévoile aux regards. L’attention exigeante au public est en amont celle de Moretti à intégrer en les respectant les travaux des historiens, des plasticiens, des chercheurs et des photographes qui ont écrit Toulouse au fil des siècles. Cette attention n’a eu d’égale que celle de son suivi du travail des ouvriers artistes des ateliers de sérigraphie.

Un seul regret, au moment de l’accrochage, celui de voir que les arcades du Capitole n’abritent que 29 caissons.